EVERGETISME ET SOCIETE

EVERGETISME ET SOCIETE

Quelle est la nature exacte aujourd’hui des relations humaines et peut-on faire le distinguo entre celles concernant le monde du travail et celles du cercle privé ou public ?
Il se pourrait, en effet que cela soit un peu plus compliqué qu’il n’y paraît, tant est varié l’aspect des masques que la société actuelle nous oblige, croit-on, à porter.
Nos comportements sont différents lorsque nous nous trouvons en présence d’un supérieur ou considéré comme tel, en entreprise, dans une démarche commerciale ou en relation privée, cette dernière pouvant présenter une structure à plusieurs niveaux, parents-enfants, amis-amis, chef-équipier, coreligionnaire depuis quelque temps …

D’autre part, l’interpénétration entre ces deux mondes est telle que l’on y perd parfois l’équilibre, les comportements requis dans un monde n’étant pas les mêmes que dans l’autre, les objectifs et les intérêts étant différents, d’où l’apparition d’angoisses, conflits et perte de confiance en soi, phénomène plus connu sous le terme de « stress ».
Les aspects de nos pensées et expériences qui ont participé à la construction de ce que nous sommes, en un mot notre historique personnel n’est pratiquement jamais plus pris en compte.
Pour cause, les solutions nous sont politiquement imposées et elles passent par la débilité des programmes scolaires et la médiocre formation de nos maîtres qui, ceux-là, ont oublié avoir été apprenti… La tyrannie honnit la philosophie…

Or sont apparues depuis une dizaine d’années des techniques de gestion de nos émotions qui sont sensées pallier ces carences comportementales et qui, d’après les maîtres « es-techniques », ont toutes des solutions parfaitement applicables par des personnes qui après six mois de « formation » se retrouvent propulsés « thérapeutes-coach »…

Et ils sont légion.

Ils seraient en mesure de « régler » nos problèmes plus ou moins rapidement, le nombre de séances ayant son importance, les honoraires de ces apprentis sorciers, aussi, par conséquence.
PNL, analyse transactionnelle et autres méthodes créées par des américains pour des américains, plus ou bien adaptées aux besoins et carences réelles détectées chez des populations géographiquement différentes et dont les caractéristiques culturelles et comportementales sont aussi diverses que les pièces d’une mosaïque, sont présentées comme étant la panacée en matière de bien-être personnel…
Tout ce qui a participé à cet « esprit des lumières » tombe en désuétude, Rousseau, Voltaire, on n’a plus besoin de vous… Circulez, il n’y a rien à voir !

Si le but recherché est l’uniformisation des comportements, on ne s’y prendrait pas mieux… Un autre des effets pervers de la « mondialisation » ?

Et l’individu dans tout cela ?

Nous sommes depuis maintenant plus de trente ans « formés » pour consommer les mêmes produits, le choix des couleurs nous laissant l’impression que nous avons encore la liberté de choix, la culture de masse ayant pris la place de la culture à proprement parlé.
Elle est associée à la société de consommation où celle-ci permettant de gommer artificiellement les différences apparentées aux « couleurs sociales », offrent aux grandes firmes et aux dirigeants politiques « l’opportunité » de mieux gérer et régir les populations, selon une stratégie à long terme, « le nouvel ordre mondial »…

Écrasé par les processus économiques, l’individu disparaît, nos croyances aussi quand la consommation et les objectifs de croissance de l’entreprise deviennent phénomènes de société.

Seul le groupe ou la communauté peuvent intéresser ces firmes et leurs marqueteurs, ils travaillent à faire disparaître la variété sociale, rééduquant massivement les populations, reformulant l’échelle des besoins de Maslow, renforçant le Taylorisme et permettant ainsi à cet appât du gain débarrassé de ses tabous, de devenir l’objectif majeur pour tout un chacun et comme ce sont les mêmes qui fabriquent nos loisirs, nous sommes devenus les esclaves absolus de ce système corrompu qui nous laisse croire que nous avons encore le choix…

Ce processus institutionnalise le mode de vie lié au processus de mondialisation dont la vocation étant l’effacement des frontières de la finance en oubliant celles, naturelles, des différentes cultures composant la richesse d’une fédération ou une communauté de pays, telle l’Europe, dans ses aspects sociaux.
Les ressentis individuels n’étant pas pris en compte, ont été répertoriés une série de modèles qui constituent la base des manuels et procédés régissant la relation entre l’entreprise ou l’administration avec l’individu, « si vous désirez l’intervention d’un conseiller, taper A », les portails téléphoniques puis internet ont résolument pris la place de l’homme, faisant disparaître pour le même coup toute humanité dans les rapports entre le client et l’entreprise, l’administré et l’administration, l’hôpital et ses patients…

François Jacques et John Scheid décrivent la verticalisation du rapport dans la Rome antique qui tenait plus ou moins bien compte, dans la gestion politique, des populations intégrées dans l’empire en commentant : « L’inégalité fondamentale, les disparités socio-économiques, l’extrême parcellisation de l’Empire et la prééminence des rapports verticaux, consacre des pages essentielles à l’évergétisme, la violence publique, l’insécurité, l’agressivité dans les rapports humains… » François Jacques et John Scheid, Rome et l’intégration de l’Empire. 44 av. J.-C- 260 ap. J.-C. Tome 1 : Les structures de l’empire romain

Or, l’évergétisme, celui qui consistait pour le patriciat à reverser une part de leurs richesses à la plèbe, sous forme d’écoles, de centre de soins, de théâtres, etc… (le fameux ruissellement selon Macron) ayant disparu, les puissants se sont regroupés contre le reste du monde…

Le parallèle me semble de mise car si nous n’y prenons pas garde, à l’instar de la Rome antique, du statut de République nous pourrions très facilement basculer dans celui d’empire… et pas au sens monarchique du terme, mais oligarchique…

Or, des 3 mots formant la particule présente aux frontispices des bâtiments administratifs, en France, lequel demeure ?
Liberté ? Égalité ou Fraternité ?
Ces dernières années il apparaît que le mot « liberté » disparaissant, il laisse sa place à celui de « sécurité » et que le sens de « fraternité » disparaissant tout autant, il fait place à la forme galvaudée de « égalité »…

Égalité devenant l’urgence du moment, cette dernière prenant statut permanent sur l’autel de la sécurité pour tous et faute de patriotisme, suprême argument de nos gouvernants qui ne nous laissant plus le choix et nous invitent à surtout ne plus réfléchir… Et faute de confiance, ils font dans le « manu militari »… Dans le « tout-sécuritaire »…

La disparition orchestrée de toute forme de lutte des classes a favorisé l’état actuel des nations, les sentinelles ont été éradiquées, notre vigilance aussi et du statut de citoyen nous prenons celui de « dirigé »… Reste le foot, le tiercé, le terrorisme et les jolies colonies de vacances…

Panem et circences disait César

Jean Escalant

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